Stress, émotions et santé: où en sommes nous?

Dr Nathalie Rapoport-Hubschman

L’esprit et le corps

 

La question des liens entre l’esprit et le corps a traversé de tous temps l’histoire de la médecine. Ce n’est pourtant que récemment que les mécanismes de la médecine corps esprit ont commencé à être mieux compris. Ces mécanismes sont depuis quelques dizaines d’années au centre de très nombreux travaux de recherche. Il n’est désormais plus possible de l’ignorer, le corps et l’esprit sont indissociables ; on ne peut dorénavant plus concevoir la santé physique sans prendre en compte le mental, l’esprit, les pensées et les émotions.

L’impact des émotions sur le corps

Comment définir les émotions ? Les émotions sont des états affectifs mis en branle par une évaluation automatique de nos besoins. Elles impliquent des ajustements comportementaux, physiologiques, cognitifs, et expérientiels liés à la situation. Elles préparent l’organisme à agir de façon efficace et adaptive dans un contexte donné.

Afin de faciliter leur étude, les émotions sont schématiquement divisées en émotions négatives et positives, ou encore agréables et désagréables.

1- Les émotions négatives ou désagréables

Les émotions négatives telles que la tristesse et la colère ont des effets qui ont été bien étudiés. Elles sont associées à des pathologies telles que maladies cardiovasculaires, diabète, asthme et certains types de cancer. Elles sont également plus fréquemment présentes en cas de douleurs chroniques.

L’effet de la colère a en effet été identifié comme toxique sur le plan physiologique. Elle augmente la probabilité d’infarctus du myocarde et d’accident vasculaire cérébraux. Une étude australienne a récemment montré qu’une colère intense multipliait par 8 la probabilité de faire un infarctus du myocarde.

Ces variables, l’hostilité, la colère , mais aussi le manque de soutien social , contribuent à la fois au risque de développer une pathologie cardiovasculaire ainsi, qu’une fois que la maladie existe, à l’évolution et au pronostic de ces pathologies.

Une étude de neuroimagerie sur un petit échantillon de sujets a par exemple pu montrer que les individus ayant une réactivité de l’amygdale plus importante en présence de signaux sociaux menaçants (visages aux expressions de colère et de peur) avaient des niveaux plus élevés d’athérosclérose, un remaniement et rétrecissement de la paroi des artères qui a pour conséquences les maladies cardiovasculaires.

2- Les émotions positives

L’étude de l’impact des émotions sur la santé progresse à pas de géant. Pendant de nombreuses années les chercheurs se sont intéressés aux effets des émotions négatives, plus faciles à objectiver et à mesurer, sur la santé physique. Depuis une vingtaine d’années enfin,  c’est l’impact des émotions positives qui est au centre des travaux de recherche.

C’est dans un monastère américain qu’a commencé officiellement l’étude de l’impact des émotions positives sur la santé. Alors qu’elle débutait comme une étude sur la maladie d’Alzheimer, la « Nun Study » a exhumé les textes écrits par des nonnes d’âge mur à leur entrée dans le monastère. Les textes rédigés des dizaines d’années plus tôt ont été soigneusement analysés. A la grande surprise des chercheurs, les sœurs ayant utilisé davantage de termes associés à des émotions positives possédaient une longévité plus importante, allant parfois jusqu’à dix ans de vie supplémentaires. A la suite de cette étude, de nombreuses équipes de recherche se sont lancées sur ce même terrain. Quels pouvait être le lien entre des émotions telles que joie, vitalité, curiosité, gratitude et le fait de vivre plus longtemps ? Depuis la fin des années 90, de très nombreuses études ont tenté de répondre à cette question. Il est clair dorénavant que les émotions positives sont liées à de nombreux bénéfices sur le plan de la santé physique : résistance plus élevée face aux infections, probabilité diminuée d’accidents cardiovasculaires et vasculaires cérébraux, et comme on vient de le voir, longévité prolongée.

Deux expériences pour comprendre l’effet des émotions positives sur le corps

Deux expériences réalisées en laboratoire peuvent nous permettre de mieux comprendre l’effet des émotions positives sur le corps.

A l’université de Carnegie Mellon, le laboratoire du psychologue Sheldon Cohen  tente depuis plusieurs décennies de comprendre les liens existant entre variables psychologique et santé physique.

Sheldon Cohen et son équipe ont réalisé plusieurs études expérimentales qui ont permis notamment de mieux saisir les liens entre les émotions positives et le système immunitaire. Pour cela, les chercheurs ont mis en contact des étudiants avec des virus relativement inoffensifs (virus de la grippe et du rhume) mais entrainant néanmoins des symptômes qui peuvent être identifiés et quantifiés. Pendant plusieurs semaines, les participants à ces études ont pris note de leur état émotionnel en mesurant leurs émotions positives (heureux, content, énergique, détendu) ainsi que négatives (déprimé, anxieux, hostile,). Ils ont ensuite été invités à se rendre au laboratoire de psychologie où ils ont été mis en contact avec un virus contenu dans des gouttes nasales. Ils ont ensuite été surveillés de près afin de déceler s’ils développaient les symptômes de la grippe. Il s’est avéré que les participants qui avaient ressenti le plus d’émotions positives dans les jours qui précédaient la mise en contact avec le virus étaient ceux qui tombaient le moins malade. Le nombre d’émotions négatives lui n’avait aucune influence. Les émotions positives étaient donc liées à une plus grande résistance de l’organisme par rapport au virus.

 

C’est dans le laboratoire de Barbara Fredrickson qu’a été réalisé une deuxième expérience qui elle aussi a permis d’aller de l’avant dans la compréhension des mécanismes de la médecine corps esprit. L’équipe de Barbara Fredrickson a recruté des participants qui ont été mis dans un premier temps en situation de stress. Il leur était annoncé qu’ils allaient devoir préparer puis présenter un exposé devant un jury composé de quelques personnes, une tâche standard dans les travaux de recherche centrés sur le stress. Dans le même temps leur tension artérielle et leur fréquence cardiaque étaient mesurées en continu, permettant de constater qu’effectivement, les réactions physiologiques de stress se manifestaient et que les deux paramètres étaient augmentés de façon caractéristique. Les participants étaient ensuite divisés en quatre groupes. Alors que les variables physiologiques étaient toujours surveillées, chaque groupe devait visionner un clip de quelques minutes, quatre clips avaient été choisis au préalable pour leur tonalité émotionnelle distincte: joie, contentement, neutralité, tristesse.

Des différences importantes entre les 4 groupes ont émergées après qu’ils aient vu les clips. Le temps mis par chacun des groupes pour revenir à l’état d’équilibre sur le plan physiologique (tension artérielle et fréquence cardiaque normale) était différent en fonction du type de clip que les participants avaient visionné. C’est dans le groupe qui avait regardé le clip de tonalité émotionnelle triste que les paramètres cardiovasculaires ont mis le plus de temps à revenir à leur état de base. Dans les groupes ayant regardé les clips joyeux ou paisible la tension artérielle et la fréquence cardiaque ont été les plus rapides à retourner à la normale. Le groupe du clip neutre se trouvait entre les deux extrêmes.

Cette expérience passionnante montre bien de quelle façon les répercussions émotionnelles peuvent avoir une influence directe sur la physiologie et notamment sur la santé du cœur.

On comprend donc de mieux en mieux les mécanismes qui lient l’esprit et le corps. Dans les autres pages de ce blog, vous trouverez des informations sur la place des mécanismes du stress sur la santé, et sur l’impact des relations avec les autres sur notre corps.

 

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